Transport interurbain : Les populations dans l’attente du BRT

Avec le lancement des travaux du Brt, Guédiawaye, point de départ du projet, s’attend à une meilleure mobilité urbaine et des avantages en termes d’emploi.

L’une des stations du Brt est prévue à Grand-Médine. A quelques jours du lancement des travaux, les impactés de ce populeux quartier de la commune de Dakar subissent les conséquences de la libération des emprises. La plupart des familles ont quitté avant le délai initial du 18 octobre qui leur était accordé. Niaye Dia en fait partie. Corps svelte, démarche nonchalante, le regard profond, le bonhomme sort d’une ruelle puis arpente les escaliers vétustes d’une bâtisse endommagée. Murs lézardés, carreaux poussiéreux, le domicile est à l’abandon depuis quelques jours. Des palettes de zinc et barres de fer rouillées par le temps sont éparpillées un peu partout.

Ardoises, portes et autres objets sont emportés pour d’autres usages. Il ne reste qu’un vieux bâtiment et de petites planches adossées à un mur. C’est le décor de près d’une centaine de demeures, en attendant le passage des bulldozers. Après des années de vie dans cette localité, Niaye et sa progéniture ont trouvé un point de chute. Ils sont maintenant à Keur Massar. Ils quittent sans grand regret. « Nous laissons place au projet de Bus rapid transit. Nous avons reçu l’indemnisation. Et nous ne nous plaignons pas. Le seul point négatif est la séparation avec des amis », confie-t-il. Ses voisins immédiats ont également cédé leurs espaces à usage d’habitation pour trouver refuge ailleurs.

C’est le cas de la famille d’Amadou Niane, un jeune homme dans la vingtaine. Vêtu d’un sous-vêtement noir qui laisse apparaître des muscles saillants, de sa main gauche, il tient un sac marron poussiéreux. Avec précaution, il traverse la route, suivi de deux enfants portant de petites caisses. Sous le soleil piquant de ce samedi, ils ont été chargés de récupérer les bagages légers. Destination quartier Sips, à Guinaw Rail. « Comme la plupart de mes amis, nous sommes obligés de quitter puisque le délai qui nous était accordé a expiré », déclare-t-il furtivement, avant de poursuivre son chemin.

Certains sont partis, d’autres y vivent leurs dernières heures. Il s’agit principalement de garagistes et autres artisans. Souriant et prolixe, Ameth Dia est un mécanicien. Malgré la forte canicule, il vide un petit magasin de ses pneus. Mains noircies par l’huile de moteur, le visage suant à grosses gouttes, il les jette de toutes ses forces au bord de la route. De temps en temps, il observe une pause pour s’adosser à son scooter rouge et glisser quelques mots. « Voici notre maison (il l’indique du doigt). J’avais construit mon garage à côté pour y gagner ma vie. Ma famille a élu domicile à Keur Massar. J’essaie de trouver une pièce à côté pour ne pas m’éloigner de la clientèle », dit-il.

Mobilité urbaine et emplois, de fortes attentes

A la menuiserie métallique d’à côté, les travailleurs sont concentrés sur leur table de travail. La communication passe difficilement, l’endroit est bruyant. Les machines tournent. Le vrombissement des véhicules accentuent la pollution sonore. C’est l’extrême vacarme. Il est également compliqué de trouver un interlocuteur. Chacun se rétracte et désigne son prochain. Finalement, ils indiquent le bureau de la secrétaire. Pile de documents sur sa table, les yeux rivés sur son ordinateur, la dame de teint clair répond ainsi aux interrogations. « Oui, nous sommes impactés par le projet de Bus rapid transit mais le patron n’est pas là. Veuillez l’attendre », concède-t-elle à dire. Des impactés certes mais également des espoirs liés à un meilleur moyen de locomotion.

Le Brt est censé offrir de meilleures conditions de transport entre Guédiawaye et le centre-ville. 144 bus devraient assurer la liaison. L’attente des populations est grande. Au terminus Dakar Dem Dikk situé en face de la Préfecture de Guédiawaye, point de départ du projet, rien ne présage du début imminent des travaux, mais l’information est passée. Le Brt est porteur d’espoirs. Moustache poivre sel, l’ancien député de la 10ème législature, Adama Diop, est à l’écart, un quotidien d’informations en main. L’homme politique croit au projet de Bus rapid transit. « J’ai appris avec satisfaction le démarrage des travaux. Le Brt va faciliter la mobilité urbaine. Nous savons tous qu’il est difficile de rallier le centre-ville.

Avec les embouteillages, on perd beaucoup de temps », dit-il, d’un air convaincu. Il estime que ce projet donnera plus de choix aux passagers, tout en garantissant leur sécurité.

En cette veille de Magal, les usagers ne sont pas nombreux. Le site est calme et dégarni. Sans doute le moment propice pour les receveurs pour palabrer. Ils sont deux à échanger devant le bureau. Le motif de la visite évoqué, l’un s’engage avec des informations précises sur le Brt, avant d’émettre un souhait. « Je veux parler sous anonymat ». Condition acceptée, le débat est ouvert. « C’est bien de diversifier les offres, le Brt peut faire gagner du temps aux usagers. La voie réservée met fin aux bouchons », confie-t-il. L’homme de teint noir craint la concurrence. « Aucun passager ne va choisir les moyens de transports traditionnels au détriment du Brt qui présente plus d’avantages. Il faut les renforcer pour ne pas les tuer », suggère-t-il avec un léger sourire.

Son lieu de travail longe le mur de la grande mosquée. Assane Diagne est menuisier. Visage jovial, d’un abord facile, il a entendu parler du projet. Suffisant pour épiloguer là-dessus. « C’est toujours intéressant pour une ville d’accueillir de grandes infrastructures. Les populations vont pouvoir se déplacer plus facilement », affirme-t-il. Il a d’autres attentes liées à l’emploi des jeunes, notamment ce qui sont impactés. « Des fils de Guédiawaye sont à la recherche d’emploi. C’est le moment de les former et de les faire travailler. Sans oublier l’accompagnement des tabliers qui ont plié bagages. Il ne sert à rien de supprimer des emplois pour des infrastructures, il faut que les jeunes profitent des avantages », ajoute-t-il.

Cette plaidoirie est également faite par Ibrahima Niang, à l’aise sous un imposant arbre qui le protège du soleil. Habillé d’une culotte bleue et d’un sous-vêtement blanc, il prêche pour sa chapelle. « Hormis la mobilité urbaine, nous espérons travailler dans ce projet car à compétences égales, les locaux sont privilégiés. Donc nous voulons être impliqués dans ce projet par des offres d’emploi. Nous en avons besoin », insiste le jeune homme.

Le 3 octobre dernier, lors d’une visite du tracé du Brt, le ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, Oumar Youm, avait anticipé sur cette question par l’annonce de « la mise en place d’un grand centre de perfectionnement à Guédiawaye, afin de former des mécaniciens, électriciens et autres ouvriers pour le projet ».

Des réserves sur la mise en service

La mise en service du Brt est prévue pour 2022. Mor Mbengue ne croit pas trop au respect des délais promis. Le menuisier a ses raisons. « C’est un bon projet, nul n’en doute. Mon problème, c’est son aboutissement. Nous avons tous nourri des espoirs avec le Train express régional (Ter). Depuis l’inauguration en janvier, les travaux n’avancent presque pas. Et ça risque d’être pareil avec ce projet », déclare-t-il. Alassane Guèye nourrit les mêmes appréhensions.

Le sourire aux lèvres, avec un brin d’humour, il envoie un message aux autorités concernées. « Ce projet est très apprécié. Il doit révolutionner le transport entre Guèdiawaye et Petersen. Mais de grâce, que les travaux ne restent pas à l’arrêt trois ou six mois après ses débuts. Nous nourrissons beaucoup d’espoirs pour le Brt. Donc respect au délai », dit-il en balançant les mains. Même inquiétude chez le vendeur de café Touba Mory Gaye. Le natif de Guédiawaye est d’avis que le Président de la République doit personnellement veiller au respect des délais.

« A Thiaroye et Rufique, le Ter, toujours en chantier, bloque les populations. De nombreuses routes secondaires en construction ne facilitent pas non plus leur déplacement. Pour le Brt, j’attends son démarrage pour y croire. »

Source : Le Soleil

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